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Analyse du DCE

Analyser un DCE : la méthode pour lire RC, CCAP, CCTP et DPGF sans rien oublier

Comment analyser un dossier de consultation des entreprises : l’ordre de lecture des pièces, ce qu’il faut relever dans le RC, le CCAP, le CCTP, les pièges.

10 min de lectureMis à jour le

Analyser un DCE, c’est lire ses pièces dans le bon ordre (le RC d’abord, puis le CCAP, le CCTP et enfin les cadres de prix), relever dans chacune ce qui conditionne votre offre, puis recouper les pièces entre elles pour faire apparaître les écarts avant de chiffrer. Une quantité qui diffère entre le CCTP et la DPGF, une marque imposée dans un article et pas dans l’autre, une pièce exigée dont personne ne s’est occupé : ces détails font perdre des marchés, ou les font gagner à perte. Voici une méthode reproductible, pièce par pièce, avec la check-list que nous recommandons.

Dans quel ordre lire les pièces du DCE ?

Le dossier de consultation des entreprises (DCE) rassemble toutes les pièces que l’acheteur met à disposition des candidats. Sa composition varie d’une consultation à l’autre, mais on y retrouve presque toujours le règlement de la consultation (RC), le cahier des clauses administratives particulières (CCAP), le cahier des clauses techniques particulières (CCTP), un ou plusieurs cadres de prix (DPGF, BPU, DQE), souvent un acte d’engagement, des plans et des annexes. Chaque terme est défini dans notre glossaire des marchés publics.

L’ordre de lecture n’est pas indifférent. Nous recommandons celui-ci :

  1. Le RC, pour savoir si vous pouvez et voulez répondre : lots, date limite, critères, pièces exigées.
  2. Le CCAP, pour mesurer les contraintes contractuelles qui pèseront sur votre prix.
  3. Les cadres de prix, survolés pour connaître la structure de l’offre attendue : nombre de repères, unités, PSE.
  4. Le CCTP, lu en détail, repère par repère, en face du cadre de prix.
  5. Les plans et annexes, pour vérifier implantations, dimensions et contraintes de site.

Lire le RC en premier permet aussi de décider vite si la consultation mérite d’y passer du temps : c’est l’objet de notre article sur la décision de répondre ou non (go / no go).

Le RC : les règles du jeu

Le règlement de la consultation ne fait pas partie du marché signé, mais il fixe tout ce qui encadre votre réponse. Relevez :

  • L’objet et l’allotissement : quels lots, lesquels vous concernent, si vous pouvez répondre à plusieurs et si l’acheteur limite le nombre de lots attribués à un même candidat.
  • La date et l’heure limites de remise des offres, le mode de dépôt (profil acheteur) et la date limite pour poser des questions.
  • Les critères de jugement des offres et leur pondération, avec les sous-critères : ils dictent le plan de votre mémoire technique et le poids du prix.
  • Les pièces exigées pour la candidature et pour l’offre : formulaires, attestations, mémoire, fiches techniques, échantillons. Notre article sur le dossier de candidature les détaille.
  • Les variantes et les PSE : variantes autorisées, imposées ou interdites ; prestations supplémentaires éventuelles que le RC impose en général de chiffrer.
  • La visite de site, obligatoire ou facultative, et la façon d’en obtenir l’attestation.
  • Le délai de validité des offres, pendant lequel votre prix vous engage.

Le CCAP : ce que le marché vous coûtera

Le CCAP fixe les conditions d’exécution du marché. Chacune a un coût, qui doit se retrouver dans votre prix ou dans votre décision de répondre :

  • Les délais d’exécution et le calendrier : livraison, installation, mise en service, période de préparation.
  • Les pénalités de retard et leurs modalités de calcul, plafonnées ou non.
  • La forme des prix (ferme, actualisable ou révisable) et l’index de révision. Un prix ferme sur un marché long expose à la hausse des tarifs fabricants.
  • Les garanties : retenue de garantie ou garantie à première demande, garanties techniques sur le matériel.
  • L’avance et le paiement : avance versée ou non, délai de paiement, acomptes.
  • La réception et les documents à fournir à la fin du chantier (DOE, formation des utilisateurs).

Le CCAP précise aussi, en général, l’ordre de priorité des pièces contractuelles en cas de contradiction. Notez-le : il vous dira quelle pièce l’emporte si le CCTP et le cadre de prix se contredisent.

Le CCTP : les exigences techniques

Le CCTP décrit ce que l’acheteur veut, techniquement. C’est la pièce la plus longue et la plus dense. La lire « en entier, une fois » ne suffit pas : il faut la découper en exigences unitaires, chacune rattachée au repère du cadre de prix qu’elle concerne, avec sa référence de paragraphe.

Exigences propres à un repère et exigences générales

Une partie des exigences porte sur un équipement précis : puissance, dimensions, matériau, nombre de niveaux. Une autre partie s’applique à tout le lot : normes, finitions, raccordements, garanties, formation, documents à fournir. Ces exigences générales sont les plus souvent oubliées, parce qu’elles se trouvent dans les premiers chapitres, loin des descriptions d’équipements.

Chaque exigence doit ensuite être confrontée au produit que vous proposez. La méthode, avec la matrice de conformité, fait l’objet de notre article sur la conformité au CCTP.

DPGF, BPU, DQE : ce qu’il faut chiffrer

Le cadre de prix dit exactement ce que vous devez chiffrer et sous quelle forme. Survolez-le tôt, puis reprenez-le en détail avec le CCTP. Relevez pour chaque ligne le repère, la désignation, l’unité, la quantité et le lot.

Les trois cadres de prix les plus courants
Cadre de prixCe qu’il contientCe qui engage
DPGFLa décomposition d’un prix global et forfaitaire, ligne par ligneLe prix global ; les quantités sont à vérifier
BPUUn prix unitaire par article, sans quantitéLes prix unitaires, appliqués aux quantités commandées
DQELes quantités estimées, multipliées par les prix du BPUIl sert surtout à comparer les offres

Dans un marché à prix global et forfaitaire, votre prix couvre l’ensemble décrit par les pièces du marché : une quantité sous-évaluée dans la DPGF et que vous n’avez pas signalée risque de rester à votre charge. D’où l’importance des recoupements qui suivent. Le fonctionnement de chaque cadre de prix et la façon de le remplir sont détaillés dans notre article DPGF, BPU et DQE.

Recouper les pièces entre elles

C’est l’étape qui distingue une analyse sérieuse d’une simple lecture. Les pièces d’un DCE sont souvent rédigées par des personnes différentes, à des moments différents. Les recoupements à faire systématiquement :

  • Quantités : la quantité d’un repère dans la DPGF correspond-elle à celle du CCTP et des plans ?
  • Repères manquants : un équipement décrit au CCTP sans ligne dans le cadre de prix, ou l’inverse.
  • Marques et références : une marque imposée dans un paragraphe, « ou équivalent » dans un autre, une référence fabricant qui ne correspond pas à la description.
  • Unités : un ensemble chiffré au forfait dans la DPGF et décrit à l’unité au CCTP.
  • Lots : un équipement décrit dans le CCTP d’un lot et chiffré dans le cadre de prix d’un autre.
  • Pièces exigées : un document demandé par le CCTP (fiche technique, certificat, notice) mais absent de la liste du RC, ou l’inverse.
Une analyse de DCE dans humatch : chaque pièce classée, ce qui en a été lu, et un écart de quantité entre la DPGF et le CCTP (données fictives).

Des écarts aux questions et hypothèses

Chaque écart relevé doit avoir une issue, et une seule :

  1. Une question à l’acheteur, posée pendant la consultation, avant la date limite fixée par le RC. La réponse est en général communiquée à tous les candidats : posez-la de façon factuelle, en citant les pièces et paragraphes concernés.
  2. Une hypothèse écrite, quand la question n’a pas reçu de réponse à temps ou qu’elle n’en appelle pas : vous chiffrez selon l’interprétation la plus raisonnable et vous le dites dans une note jointe à l’offre, si le RC ne l’interdit pas.
  3. Une correction de votre analyse, quand l’écart venait d’une mauvaise lecture.

Exemple

Une quantité qui diffère entre la DPGF et le CCTP

Le repère 3.27 de la DPGF, « plan de travail réfrigéré », porte la quantité 2. Le CCTP, § 7.5, décrit trois plans de travail réfrigérés, et le plan de la cuisine en montre trois.

Traitement de l’écart du repère 3.27
ÉtapeCe que l’on fait
ConstatQuantité 2 au DPGF, 3 au CCTP § 7.5 et au plan RDC
Question« Pouvez-vous confirmer la quantité du repère 3.27 : 2 (DPGF) ou 3 (CCTP § 7.5, plan RDC) ? »
Sans réponseHypothèse notée : chiffrage de 3 unités, conformément au CCTP et au plan
TraceL’écart, la question et l’hypothèse figurent dans la note jointe à l’offre

Cette note d’anomalies et d’hypothèses protège votre prix : elle montre que vous avez lu le dossier et fixe le périmètre exact de votre engagement. Dans humatch, les écarts relevés à l’analyse et les questions posées à l’acheteur alimentent directement cette note, générée au format Word avec les autres livrables.

La check-list d’analyse d’un DCE

À reprendre pour chaque consultation, avant de commencer le chiffrage :

Check-list d’analyse d’un DCE
PièceÀ releverFait
DCEListe des pièces, versions, lot(s) concerné(s), pièces illisibles ou non analysables☐
RCDate et heure limites, mode de dépôt, date limite des questions☐
RCCritères, pondérations, sous-critères☐
RCPièces exigées (candidature et offre), variantes, PSE, visite☐
CCAPDélais, pénalités, forme et révision des prix, garanties, avance, paiement☐
CCAPOrdre de priorité des pièces contractuelles☐
CCTPExigences par repère et exigences générales, avec leur paragraphe☐
Cadre de prixRepères, désignations, unités, quantités, lots, PSE☐
RecoupementsQuantités, repères manquants, marques, unités, lots, pièces exigées☐
ÉcartsUne question ou une hypothèse écrite pour chacun☐

Une fois cette analyse faite, le reste de la réponse suit naturellement : choix des produits, chiffrage, documents. Le parcours complet est décrit dans notre guide pour répondre à un appel d’offres.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’un DCE ?

Le dossier de consultation des entreprises (DCE) est l’ensemble des pièces mises à disposition des candidats par l’acheteur : règlement de la consultation, CCAP, CCTP, cadres de prix (DPGF, BPU ou DQE), acte d’engagement le cas échéant, plans et annexes.

Par quelle pièce commencer l’analyse d’un DCE ?

Par le règlement de la consultation : il indique les lots, la date limite, les critères de jugement et les pièces à remettre. C’est lui qui permet de décider rapidement s’il faut répondre, avant de lire le CCAP, le CCTP et les cadres de prix.

Que faire si la DPGF et le CCTP se contredisent ?

Posez la question à l’acheteur avant la date limite prévue par le RC, en citant les deux pièces. Sans réponse, chiffrez selon l’interprétation la plus raisonnable et notez-la comme hypothèse dans une note jointe à l’offre. Le CCAP indique en général quelle pièce prévaut en cas de contradiction.

Combien de temps faut-il pour analyser un DCE ?

Cela dépend du nombre de lots, de la longueur du CCTP et du nombre de repères. L’essentiel est de suivre toujours la même méthode et la même check-list, pour ne rien oublier quel que soit le dossier.

Un logiciel peut-il analyser un DCE à ma place ?

Un logiciel comme humatch classe les pièces, extrait les repères, les quantités et les exigences avec leur source, et signale les écarts entre pièces. Il prépare l’analyse ; la vérification et les décisions restent les vôtres.

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